Faire la différence dans les MTN : de Bamako, Mali à Ottawa, Canada

Moussa Sangare est un médecin et actuellement entreprend son doctorat en santé de la population à l’Université d’Ottawa. Il a un intérêt et une passion pour la prestation des soins de santé dans les pays en développement et la résolution du problème des maladies tropicales négligées (MTN).

Nous avons parlé avec Moussa, en avance de la Journée mondiale contre les MTN, pour lui poser des questions sur son travail avec les MTN et pourquoi il considère le Canada comme un leader dans l’action contre les MTN.

Qu’est-ce qui vous a incité à faire un doctorat et de le compléter au Canada ?

En juillet 2017, j’ai complété mon programme de maîtrise en contrôle des maladies tropicales. À la fin de ma maîtrise, j’ai réalisé que je n’avais pas acquis suffisamment de compétences et connaissances academiques pour être un chercheur universitaire indépendant. J’ai décidé alors de faire un doctorat pour répondre à ces lacunes. C’est ainsi que mes recherches m’ont conduit au Canada où j’ai rencontré Dr. Alison Krentel, une experte mondiale en maladies tropicales négligées (MTN) qui est devenu mon superviseur. La rencontre avec Dr. Krentel a été déterminante pour la réussite de ce processus et j’ai beaucoup

Moussa, présentant son poster de recherche lors d’une conférence.

aimé travailler avec elle comme superviseur. À l’automne 2020, j’ai été admis au programme de doctorat interdisciplinaire en santé des populations de l’Université d’Ottawa. Le programme de doctorat en santé des populations correspond bien à mes objectifs de carrière professionnelle, car j’ai besoin d’acquérir des connaissances scientifiques supplémentaires pour contribuer dans le domaine de la santé mondiale.

Les gens peuvent se demander, pourquoi Ottawa ? En fait, Ottawa est la destination de nombreux étudiants internationaux et j’ai eu l’occasion de rencontrer des gens de toutes les régions du monde. Compléter mon doctorat au Canada a été une expérience humaine, multiculturelle et enrichissante qui me permettra à atteindre des nouveaux horizons et de développer mon contexte professionnel et culturel.

Quelle est votre expérience des maladies tropicales négligées au Mali ?

En 2011, j’ai commencé à travailler avec l’unité de lutte contre les filarioses du NIH-Mali ICER, ou j’ai recherché l’approche des interventions sous directives communautaires pour améliorer les soins de santé dans les communautés nomades (Brieger et al. 2015). La majorité de mes recherches ont porté sur la filariose lymphatique (FL) causée (au Mali) par le parasite Wuchereria bancrofti. Mes intérêts de recherche se sont principalement concentrés sur ces types d’infections et sur la manière dont elles modulent la réponse immunitaire de l’hôte. Les infections parasites comme celle-ci induisent une réponse inflammatoire, résultant en FL, une maladie distinguée par le gonflement des bras, des jambes et des organes génitaux en raison de la disruption du système lymphatique (Nutman et al. 2011).

Ensuite, j’ai rejoint d’une équipe de recherche sur le terrain sur la filariose lymphatique (FL) pour surveiller la transmission du parasite Wuchereria bancrofti après l’interruption du traitement de masse au Mali. Les programmes de traitement de masse sont la clé pour éliminer les MTN, comme FL, et notre équipe a démontré une augmentation significative de la prévalence de l’infection filarienne, après l’interruption du traitement de masse (Coulibaly et al. 2013; Coulibaly et al. 2016).

Au cours des 5 dernières années, je me suis concentré sur une autre MTN, la leishmaniose cutanée au Mali, causée par le parasite Leishmania major. J’étais responsable du dépistage des individus présentant une infection filarienne active et/ou une infection à Leishmania major sous la supervision du Dr. Roshanak Semnani (Dr Nutman Lab, National Institutes of Health, USA). Nous avons déterminé la prévalence de l’infection par les parasites filaires et Leishmania major dans deux zones écologiques du Mali. Cette approche a établi l’existence des infections filaires et de la Leishmaniose dans des régions spécifiques du Mali (Sangare et al. 2018).

Actuellement, je participe à un essai clinique multicentrique qui compare l’efficacité de l’antibiotique doxycycline par rapport au placebo dans l’amélioration lymphoedeme d’origine filarienne / elephantiasis. Les gens avec ces complications surtout souffrent de défigurement, d’invalidité et d’exclusion sociale. Nos travaux futurs viseront à comprendre comment les stigmates de cette maladie affectent la vie sociale et familiale des personnes et comment nous pouvons aider à résoudre ces problèmes. En parallèle, nous nous intéressons à l’amélioration de la couverture de l’administration massive de médicaments contre les maladies tropicales négligées parmi les populations vulnérables, notamment les communautés nomades, les personnes déplacées et les travailleurs saisonniers. Dr. Krentel, mon institution d’origine et moi-même travaillons sur ces questions en partenariat avec nos bailleurs de fonds. Ces travaux constituent la base de mon travail de doctorat à l’Université d’Ottawa se concentre sur l’amélioration de la couverture MDA en atteignant les populations vulnérables.

Nous remercions Moussa d’avoir pris le temps de nous parler à l’occasion de la Journée mondiale des maladies tropicales négligées. Nous sommes ravis de l’avancement de vos travaux au Canada !

Les recherches actuelles de Moussa sont financées par la Coalition pour la recherche opérationnelle sur les maladies tropicales négligées (COR-NTD), qui est financée au sein de la Task Force for Global Health principalement par la Fondation Bill & Melinda Gates, par l’aide du gouvernement britannique et par l’Agence américaine pour le développement international par le biais de son programme sur les maladies tropicales négligées.